D’abord, la notion qui permet de tout comprendre : la dose journalière admissible (DJA) est la quantité que l’on peut consommer chaque jour toute sa vie sans risque appréciable. Elle se calcule à partir de la dose sans effet observée dans les études, divisée en général par 100 comme marge de sécurité. La dépasser un jour n’est pas dangereux ; ce qui compte, c’est que la consommation habituelle reste en dessous. Lors de ses dernières réévaluations, l’EFSA a constaté que c’était le cas pour l’aspartame, le sucralose et la saccharine ; pour l’érythritol, en revanche, ses estimations (qu’elle juge elle-même surestimées) la dépassaient chez les grands consommateurs.
Chaque édulcorant, sa DJA et son équivalent pour 70 kg
| Édulcorant | DJA (EFSA) | Pour 70 kg par jour | Équivaut à… | À savoir |
|---|---|---|---|---|
| Aspartame (E 951) | 40 mg/kg (2013) ; JECFA, inchangée en 2023 | 2 800 mg | Plus de 9 à 14 canettes de soda light (OMS) ou environ 70 sachets | Contient de la phénylalanine : déconseillé en cas de phénylcétonurie |
| Sucralose (E 955) | 15 mg/kg (confirmée en 2026) | 1 050 mg | Environ 79 sachets | L’EFSA n’exclut pas des produits indésirables en pâtisserie ou friture maison |
| Acésulfame K (E 950) | 15 mg/kg (2025 ; auparavant 9) | 1 050 mg | Environ 26 sachets | Pas de problème de génotoxicité ; se dégrade un peu à la chaleur en milieu très acide |
| Saccharine (E 954) | 9 mg/kg (2024 ; auparavant 5) | 630 mg | Environ 31 sachets | Les tumeurs de la vessie chez le rat mâle ne sont pas jugées pertinentes pour l’homme |
| Glycosides de stéviol, « stévia » (E 960) | 4 mg/kg en stéviol (2010 ; confirmée en 2024) | 280 mg de stéviol | Environ 31 sachets de rébaudioside A | Extrait purifié de la plante ; peut laisser un arrière-goût |
| Érythritol (E 968) | 0,5 g/kg (2023) | 35 g | Pas vendu en sachets : s’utilise en vrac | DJA fixée en raison de son effet laxatif |
Comment le lire : pour atteindre la DJA de n’importe lequel, il faudrait des dizaines de sachets par jour ou, pour l’aspartame, plus de 9 à 14 canettes quotidiennes (l’OMS compte 200 à 300 mg par canette). L’érythritol est différent : il se consomme en grammes et non en milligrammes, et sa limite (35 g pour 70 kg) a été fixée en raison de l’effet laxatif ; l’EFSA a averti que les personnes qui en consomment beaucoup pourraient la dépasser et ressentir des troubles digestifs. Pour savoir ce que contient un produit, cherchez le numéro E dans la liste des ingrédients : vous trouverez comment faire dans le guide pour lire les étiquettes nutritionnelles.
Aspartame et cancer : ce que signifie le « 2B » du CIRC
En juillet 2023, deux évaluations ont été publiées en même temps. Le CIRC, qui classe les dangers (une substance pourrait-elle causer un cancer dans certaines circonstances, sans tenir compte de la dose), a placé l’aspartame dans le groupe 2B, « peut-être cancérogène », sur la base d’indications limitées chez l’homme pour un type de cancer du foie (carcinome hépatocellulaire), d’indications limitées chez l’animal et d’indications mécanistiques elles aussi limitées. Le JECFA, qui évalue le risque (quelle quantité il faudrait consommer), a conclu que les données ne justifiaient pas de modifier la DJA de 40 mg par kilo et par jour qu’il avait fixée en 1981. Les deux conclusions ne se contredisent pas : le 2B dit que la question mérite d’être davantage étudiée, et la DJA dit qu’avec la consommation habituelle le risque n’est pas préoccupant. L’EFSA avait déjà fixé la même DJA lors de sa réévaluation de 2013, et précise qu’elle ne s’applique pas aux personnes atteintes de phénylcétonurie, qui doivent éviter la phénylalanine.
Édulcorants et poids : la recommandation de l’OMS et sa nuance
En mai 2023, l’OMS a recommandé de ne pas utiliser les édulcorants sans sucre (aspartame, acésulfame K, saccharine, sucralose, stévia et autres) pour contrôler le poids ni pour réduire le risque de maladies chroniques. Sa revue n’a trouvé aucun bénéfice à long terme sur la masse grasse, et dans les études d’observation l’usage prolongé était associé à davantage de diabète de type 2, de maladies cardiovasculaires et de mortalité. Mais l’OMS elle-même la qualifie de recommandation conditionnelle, car ces associations peuvent tenir aux caractéristiques de départ des personnes qui en consomment : il est courant de commencer à en prendre quand le surpoids ou le risque métabolique est déjà présent. La recommandation ne s’applique ni aux personnes déjà diabétiques, ni aux polyols comme l’érythritol, ni au dentifrice ou aux médicaments. Les essais racontent une autre partie de l’histoire : Rogers (2016) a montré que remplacer le sucre par un édulcorant était associé à 1,35 kg de poids en moins dans des essais de 4 semaines à 40 mois (dans un travail cosigné par des auteurs de l’industrie alimentaire), et Toews (2019), dans une revue suivant les méthodes Cochrane, n’a trouvé que de petits bénéfices avec des preuves de certitude faible ou très faible, et aucun effet chez les personnes qui essayaient activement de perdre du poids.
- Si vous remplacez une canette de 330 ml de cola classique (environ 33 g de sucre et 140 kcal, selon l’USDA) par sa version sans sucre, vous supprimez ces calories ce jour-là : l’effet immédiat est réel.
- Ce qui n’est pas démontré, c’est que consommer des édulcorants, en soi, fasse perdre de la masse grasse à long terme.
- Pour réduire le sucre, l’OMS propose d’autres voies : les fruits, avec leurs sucres naturels, ou des aliments et boissons non sucrés.
Érythritol : ce que dit l’étude de 2023, et ce qu’elle ne dit pas
L’étude de Witkowski (Nature Medicine, 2023) comportait trois volets. D’abord, chez 1 157 personnes suivies en cardiologie, plusieurs polyols sanguins, surtout l’érythritol, étaient associés à davantage d’infarctus, d’AVC ou de décès sur 3 ans ; le résultat a ensuite été confirmé chez 2 149 patients aux États-Unis et 833 en Europe, avec un risque 1,8 et 2,2 fois plus élevé dans le quart ayant le plus d’érythritol par rapport au quart en ayant le moins. Ensuite, en laboratoire et chez l’animal, l’érythritol à des concentrations comparables à celles observées a augmenté la réactivité des plaquettes et la formation de caillots. Enfin, 8 volontaires en bonne santé ont bu 30 g d’érythritol et leur taux sanguin a été multiplié par plus de mille et est resté élevé plus de 2 jours. Les limites comptent : c’est une étude d’association, chez des patients déjà à risque cardiovasculaire, avec une seule mesure à jeun, et l’organisme produit aussi de l’érythritol, donc le taux sanguin ne reflète pas seulement ce que l’on mange. Elle ne démontre pas que l’érythritol cause des infarctus, mais elle justifie d’étudier sa sécurité à long terme, comme le demandent ses auteurs.
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En résumé : les édulcorants autorisés ont des limites réévaluées et la consommation normale reste bien en dessous ; le classement 2B de l’aspartame parle de danger, pas de risque aux doses habituelles ; l’OMS ne les recommande pas pour maigrir, avec des nuances ; et l’érythritol présente un signal à suivre. Appuyez-vous sur Renzy pour réduire progressivement le goût sucré total de votre alimentation.
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