Commençons par la vérité qui dérange : vous ne pouvez pas choisir d’où vous perdez la graisse. Quand vous mangez moins que ce que vous dépensez, le corps puise de la graisse partout, selon un schéma fixé par votre génétique, votre sexe et votre âge. Ce que vous contrôlez, c’est la baisse du total. La bonne nouvelle, c’est que la graisse viscérale, la plus liée aux problèmes de santé, répond bien : dans un essai de 12 semaines, elle a baissé proportionnellement plus que la graisse totale dans les trois groupes étudiés (Christiansen, 2009).

Pourquoi les abdos ne brûlent pas la graisse du ventre

L’idée de « brûler » la graisse d’une zone en travaillant le muscle en dessous a été testée plusieurs fois, et elle ne tient pas. Deux études le montrent bien :

  • Des abdos pendant six semaines (Vispute, 2011) : 24 adultes sédentaires ont été répartis au hasard entre ne rien faire et faire 7 exercices abdominaux, 2 séries de 10 répétitions, 5 jours par semaine, sans changer leur alimentation. À la fin, aucune différence de poids, de pourcentage de graisse, de graisse abdominale mesurée par absorptiométrie (DEXA), de tour de taille ni de plis cutanés du ventre. La seule chose qui s’est améliorée, c’est l’endurance : ils enchaînaient plus d’abdos.
  • Une seule jambe pendant 12 semaines (Ramírez-Campillo, 2013) : 11 jeunes adultes n’ont entraîné que leur jambe non dominante, 3 séances par semaine de 960 à 1 200 répétitions de presse à cuisses avec une charge légère. Ils ont perdu 5,1 % de leur graisse totale, mais pas dans la jambe entraînée : la graisse a baissé dans les bras (de 10,2 %) et dans le tronc (de 6,9 %).

En clair : l’exercice local dépense de l’énergie et renforce le muscle, mais la graisse mobilisée vient d’où le corps le décide. Les abdos ne sont pas inutiles (une sangle abdominale solide aide au quotidien et dans le reste de l’entraînement), mais ce n’est pas l’outil pour perdre du ventre.

Graisse viscérale et sous-cutanée : pas la même chose

La graisse du ventre se trouve à deux endroits différents, et elles ne pèsent pas pareil sur la santé :

Les deux types de graisse abdominale
TypeOù elle se trouveCe que cela impliqueComment elle répond
ViscéraleDans l’abdomen, autour des organesLa plus liée au diabète de type 2, à l’hypertension et aux maladies cardiovasculairesBaisse avec le déficit et l’exercice aérobie ; proportionnellement plus que la graisse totale
Sous-cutanéeSous la peau (celle qu’on peut pincer)Moins liée au risque métabolique ; c’est celle qu’on voit le plusBaisse avec la graisse totale, à son rythme ; on ne peut pas la « brûler » par zone

Ce qui réduit vraiment la graisse viscérale

Voici ce qu’ont mesuré les essais et les méta-analyses, par IRM ou scanner, pas avec la balance :

  • Le déficit calorique est le levier le plus puissant. Dans l’essai de Christiansen (2009), avec 79 adultes en situation d’obésité, ceux qui ont suivi un régime ont perdu 12,3 kg et réduit leur graisse viscérale de 30 à 37 % ; ceux qui ont seulement fait de l’exercice ont perdu 3,5 kg et l’ont réduite de 18 %. Ajouter de l’exercice au régime ne l’a pas réduite davantage. Attention : ce régime était très hypocalorique (600 à 800 kcal par jour pendant 8 semaines) et supervisé. Vous n’en avez pas besoin : avec un déficit modéré, le mécanisme est le même, en plus lent.
  • L’exercice aérobie la réduit même sans régime. Une méta-analyse de 15 études portant sur 852 personnes en surpoids (Vissers, 2013) a conclu que l’aérobie d’intensité modérée ou élevée est celui qui la réduit le plus : en 12 semaines, de plus de 30 cm² (mesurés au scanner) chez les femmes et de plus de 40 cm² chez les hommes, sans régime hypocalorique.
  • La musculation seule ne l’a pas réduite. Dans la méta-analyse d’Ismail (2012), avec 35 essais, l’aérobie comparé à l’absence d’exercice a bien fait baisser la graisse viscérale, mais pas la musculation seule. Les auteurs ajoutent qu’un volume d’aérobie inférieur aux recommandations pourrait suffire pour observer un effet.
  • Alors, pourquoi la musculation ? Pour garder le muscle pendant que vous maigrissez, ce qui fait que le poids perdu est de la graisse. Avec la musculation, le gain de masse musculaire n’augmente plus au-delà d’environ 1,6 g de protéines par kilo et par jour (Morton, 2018). L’OMS recommande de renforcer les muscles au moins 2 jours par semaine, en plus de 150 à 300 minutes d’activité aérobie modérée.

Renzy vous aide sur le levier qui pèse le plus : le déficit. Vous prenez votre assiette en photo, l’app estime les calories et les macros (que vous pouvez corriger) et vous voyez la tendance de votre poids semaine après semaine.

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Sommeil et alcool : les deux leviers qu’on oublie

Ils sont moins connus que le déficit ou l’exercice, mais des études les relient directement à la graisse du ventre :

  • Mal dormir fait prendre du ventre. Dans un essai de la Mayo Clinic, 12 jeunes adultes sans obésité ont passé 14 jours avec 4 ou 9 heures pour dormir et un accès libre à la nourriture (Covassin, 2022). Avec peu de sommeil, ils ont mangé davantage, pris plus de poids, et leur graisse abdominale a augmenté, sous-cutanée comme viscérale, alors que la graisse totale n’avait pas changé.
  • Et cela sabote le régime. Avec le même déficit pendant 14 jours, dormir 5,5 heures au lieu de 8,5 a fait passer la graisse perdue de 1,4 à 0,6 kg et augmenté la perte de masse maigre (Nedeltcheva, 2010). Il y avait 10 personnes : c’est une petite étude, mais elle va dans le même sens.
  • L’alcool est associé à un tour de taille plus grand. Dans l’étude européenne EPIC, avec plus de 258 000 adultes, plus les personnes avaient bu d’alcool au cours de leur vie, plus elles avaient de chances d’avoir un tour de taille plus grand que celui attendu pour leur IMC : jusqu’à 1,40 fois chez les hommes buvant plus de 60 g par jour et 1,63 fois chez les femmes buvant plus de 24 g (Bergmann, 2011). Le lien était plus fort avec la bière qu’avec le vin.
  • Aucune de ces études n’est parfaite (celles sur le sommeil sont petites, celle sur l’alcool est observationnelle), mais les trois vont dans le même sens, et dormir plus et boire moins n’ont aucune contre-indication.

Le cortisol et le « ventre de stress » : ce qui est vrai

C’est le mythe le plus répété sur les réseaux, avec un fond réel très exagéré. La graisse abdominale due à un excès de cortisol existe dans le syndrome de Cushing, une maladie où le corps est exposé pendant des mois à des niveaux bien au-dessus de ceux de n’importe quel stress du quotidien. Dans la population générale, ce qui a été mesuré est bien plus modeste :

  • Une méta-analyse de 14 cohortes a trouvé que le stress est associé à une prise de graisse, mais avec un effet « très faible » (r = 0,014) ; dans 69 % des analyses, il n’y avait aucune association (Wardle, 2011).
  • Chez 59 femmes non ménopausées, celles qui stockaient la graisse sur le ventre sécrétaient plus de cortisol face au stress de laboratoire (Epel, 2000). C’est une association dans une petite étude, pas la preuve que le stress fabrique du ventre.
  • Là où le stress se voit le plus, c’est dans ce qu’il vous pousse à manger et dans le sommeil qu’il vous vole, deux choses sur lesquelles vous pouvez agir.

C’est pour cela qu’aucune tisane, aucun complément ni aucun « régime anti-cortisol » ne fait fondre le ventre. Nous le détaillons avec toutes les études dans stress, cortisol et poids : le vrai et le mythe. Si vous remarquez plusieurs changements à la fois qui s’aggravent (bleus qui apparaissent facilement, faiblesse pour vous lever d’une chaise, larges vergetures rouge violacé, tension ou glycémie qui se dérèglent), consultez votre médecin : cela ne se diagnostique pas chez soi.

Comment mesurer votre graisse abdominale chez vous (sans balance)

La balance ne sait pas d’où vient le poids ; un mètre ruban, si. Mesurez ainsi :

  • Le matin, à jeun, debout et détendu, sans serrer le ruban.
  • À mi-chemin entre la dernière côte et le haut de l’os de la hanche (la crête iliaque), l’endroit proposé par la consultation d’experts de l’OMS, à la fin d’une expiration normale.
  • Toujours au même endroit et toutes les 2 à 4 semaines : d’un jour à l’autre, la mesure varie avec la digestion et les liquides.
  • Divisez votre tour de taille par votre taille, les deux en centimètres. C’est votre rapport tour de taille sur taille.

La règle du guide britannique du NICE est facile à retenir : gardez votre tour de taille sous la moitié de votre taille. Un rapport de 0,4 à 0,49 n’indique pas de risque accru ; de 0,5 à 0,59, le risque augmente ; et à partir de 0,6, il est élevé. La règle vaut pour les hommes et les femmes avec un IMC inférieur à 35. Une méta-analyse portant sur plus de 300 000 adultes a montré que ce rapport repère le risque cardiométabolique mieux que l’IMC et que le tour de taille seul (Ashwell, 2012). Calculez le vôtre avec le calculateur du rapport tour de taille sur taille.

Tour de taille selon votre taille (rapport tour de taille sur taille, seuils du NICE)
TaillePas de risque accru (moins de 0,5)Risque accru (0,5-0,59)Risque élevé (0,6 ou plus)
160 cmMoins de 80 cm80-95 cm96 cm ou plus
170 cmMoins de 85 cm85-101 cm102 cm ou plus
180 cmMoins de 90 cm90-107 cm108 cm ou plus
190 cmMoins de 95 cm95-113 cm114 cm ou plus

Ne courez pas après les astuces pour une zone. Assurez votre déficit, marchez ou faites de l’aérobie presque tous les jours, de la musculation deux ou trois fois par semaine, dormez assez et buvez moins. Renzy vous aide pour l’alimentation : vous prenez votre assiette en photo, l’app estime les calories et les macros, que vous pouvez corriger, et vous voyez si la tendance baisse. Le mètre ruban vous dira si votre ventre baisse aussi.

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