Une montre connectée vous donne des dizaines de chiffres par jour, mais ils ne se valent pas tous. Certains sont bien mesurés et appuyés par des études qui les relient à votre santé ; d’autres sont des estimations si imprécises qu’elles peuvent vous mener à de mauvaises décisions, comme manger davantage parce que la montre affiche 700 kcal brûlées. Voici, mesure par mesure, ce que disent les études de validation et ce qu’il faut faire de chaque donnée. Nous ne parlons pas de modèles précis : les algorithmes changent à chaque mise à jour.

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Ce qu’une montre connectée mesure bien et ce qu’elle mesure mal

La revue la plus large à ce jour (Doherty et collaborateurs, Sports Medicine, 2024) a réuni 24 revues systématiques couvrant 249 études de validation. Sa première conclusion est gênante : seuls environ 11 % des montres et bracelets mis sur le marché ont été validés pour au moins une mesure. La seconde est utile : fréquence cardiaque et pas s’en sortent plutôt bien ; dépense énergétique, détail du sommeil et capacité aérobie estimée, nettement moins.

Résumé des études de validation citées dans cet article
MesureQualité de la mesureÀ utiliser pour
PasBonne : erreur moyenne entre −9 % et +12 %Comparer les semaines
Fréquence cardiaque au reposBonne : biais moyen de ±3 % ; moins bonne à l’effortRepérer les écarts à votre moyenne
Temps de sommeilMoyenne : souvent surestimé de plus de 10 %Surveiller horaires et manque de sommeil répété
Phases du sommeilPeu fiableLa curiosité, pas les décisions
Oxygène dans le sang (SpO₂)Jusqu’à 2 points d’écart moyenRien de médical
VO₂ max estiméeMarge individuelle de ±10 ml/kg/min ou plusSuivre votre tendance
Calories brûléesMauvaise : aucune montre sous 20 % d’erreur dans une étudeComparer les jours, jamais décider combien manger

Les pas : la donnée la plus fiable et celle qui en dit le plus sur votre santé

Compter les pas, c’est ce qu’une montre fait le mieux. Une revue de 158 études (Fuller et collaborateurs, JMIR mHealth and uHealth, 2020) a conclu qu’en laboratoire plusieurs des marques les plus étudiées comptent les pas avec précision, et la revue de 2024 situe l’erreur moyenne entre 9 % en dessous et 12 % au-dessus : largement assez pour comparer des semaines. C’est aussi la mesure la mieux étayée côté santé. Une méta-analyse de 15 cohortes réunissant 47 471 adultes suivis 7 ans en médiane (Paluch et collaborateurs, The Lancet Public Health, 2022) les a répartis en quarts selon leurs pas quotidiens. Par rapport au quart qui marchait le moins (médiane de 3 553 pas), le risque de mourir de toute cause était inférieur de 40 % vers 5 800 pas, de 45 % vers 7 800 et de 53 % vers 10 900. Mais le bénéfice plafonne : vers 6 000-8 000 pas par jour chez les 60 ans et plus et vers 8 000-10 000 chez les moins de 60 ans. C’est une étude observationnelle : elle montre une association, pas un lien de cause à effet. Si vous marchez pour perdre du poids, combien de pas faire pour maigrir détaille les calculs.

  • Regardez la moyenne de la semaine, pas la journée isolée : une journée à 3 000 pas n’efface pas une semaine à 8 000.
  • Si vous êtes bien en dessous de 6 000, le gain le plus marqué dans ces données est le premier : passer d’environ 3 500 à environ 5 800 pas par jour.
  • La montre aide aussi à bouger : une revue de 39 revues systématiques (Ferguson et collaborateurs, The Lancet Digital Health, 2022) a estimé environ 1 800 pas et 40 minutes de marche de plus par jour chez les utilisateurs d’un traqueur d’activité.

Fréquence cardiaque au repos : comparez-vous à vous-même, pas aux autres

Le capteur optique du poignet mesure bien le pouls au repos. Dans une étude de Stanford sur 60 volontaires et 7 appareils (Shcherbina et collaborateurs, Journal of Personalized Medicine, 2017), comparés à un électrocardiogramme, six des sept avaient une erreur médiane inférieure à 5 % à vélo ; l’erreur augmentait à la marche et avec l’intensité. Une autre étude (Bent et collaborateurs, npj Digital Medicine, 2020) a constaté que pendant l’activité l’erreur absolue était en moyenne supérieure de 30 % à celle du repos. Ce qui fait la valeur de cette donnée, c’est qu’elle vous appartient. Chez 92 457 adultes avec une médiane de 320 jours d’enregistrements (Quer et collaborateurs, PLoS One, 2020), le pouls au repos moyen était de 65 battements par minute, mais d’une personne à l’autre il allait de 40 à 109. Chez une même personne, en revanche, il restait très stable, même si 20 % ont connu au moins une semaine où il a bougé de 10 battements ou plus.

Calories brûlées : le chiffre le moins fiable de la montre

C’est l’erreur qui coûte le plus cher. Dans l’étude de Stanford, mesurée par calorimétrie indirecte (l’analyse de l’air que vous respirez), aucun appareil n’a estimé la dépense énergétique avec moins de 20 % d’erreur : l’erreur médiane allait de 27 % pour le meilleur à 93 % pour le pire. La revue de 2024 le confirme : selon la revue considérée, l’erreur moyenne va de 21 % en dessous à 15 % au-dessus, et pour une personne donnée un jour donné elle peut être plus grande. Mettons des chiffres : si la montre annonce 600 kcal actives et se trompe de 27 %, la valeur réelle peut se situer environ 160 kcal au-dessus ou en dessous. Si vous « remangez » ces calories, l’erreur de la montre passe directement dans votre assiette et peut absorber une bonne partie de votre déficit.

Sommeil : la durée, oui ; les phases, beaucoup moins

La montre déduit le sommeil des mouvements et du pouls, sans voir l’activité cérébrale qu’enregistre une polysomnographie. Une étude (Chinoy et collaborateurs, Sleep, 2021) a comparé plusieurs appareils grand public à la polysomnographie chez 34 jeunes adultes pendant trois nuits. Tous détectaient très bien quand vous dormiez (sensibilité de 0,93 ou plus), mais avaient du mal à reconnaître quand vous étiez éveillé au lit (spécificité de 0,18 à 0,54) ; les phases donnaient des résultats disparates et tous ont fait moins bien la nuit de sommeil perturbé. C’est pourquoi ils ont tendance à gonfler le temps de sommeil : la revue de 2024 rapporte des erreurs fréquentes de plus de 10 %. Pour mieux dormir, comment mieux dormir réunit ce qui fonctionne.

  • Fiez-vous aux horaires : l’heure du coucher et du lever, et leur régularité.
  • N’accordez pas trop d’importance à la répartition des phases ni au « score de sommeil » : si vous vous réveillez reposé, peu de « sommeil profond » dans l’application n’est pas un problème.
  • Si vous ronflez fort, vous réveillez en manquant d’air ou somnolez beaucoup dans la journée, parlez-en à votre médecin : la montre ne réglera pas cela.

Oxygène dans le sang et VO₂ max : des estimations à large marge

L’oxygène dans le sang (SpO₂) mesuré au poignet s’écarte de la référence de jusqu’à 2 points en moyenne, et sur cette échelle 2 points comptent. Même les oxymètres hospitaliers n’ont pas réglé le problème : à l’université du Michigan (Sjoding et collaborateurs, New England Journal of Medicine, 2020), avec des valeurs affichées de 92 à 96 %, la saturation artérielle réelle était inférieure à 88 % dans 11,7 % des mesures chez les patients noirs, contre 3,6 % chez les patients blancs. Une montre ne permet pas de surveiller une maladie respiratoire. La VO₂ max estimée a une marge importante. Une méta-analyse de 14 études (Molina-García et collaborateurs, Sports Medicine, 2022) a montré que les montres qui la calculent au repos la surestiment en moyenne et, pour une personne donnée, se trompent de −13 à +17 ml/kg/min ; celles qui utilisent un exercice n’ont pas de biais moyen, mais la marge individuelle reste d’environ ±10 ml/kg/min. Si la montre vous donne 40, votre valeur réelle peut se situer entre 30 et 50 : servez-vous-en pour voir si votre forme progresse ou recule, pas comme un chiffre exact.

Fibrillation auriculaire : ce qu’a vraiment montré l’Apple Heart Study

La fibrillation auriculaire est un rythme cardiaque irrégulier qui peut passer inaperçu et augmente le risque d’AVC. La plus grande étude sur la capacité d’une montre à la détecter (Perez et collaborateurs, New England Journal of Medicine, 2019), financée par Apple, a suivi 419 297 personnes qui déclaraient ne pas en souffrir :

  • Sur une durée médiane de 117 jours, seuls 0,52 % des participants (2 161 personnes) ont reçu une notification de pouls irrégulier.
  • Les personnes notifiées ont reçu un patch d’électrocardiogramme, posé en moyenne 13 jours plus tard. Sur les 450 aux données exploitables, 34 % montraient une fibrillation auriculaire.
  • Lorsqu’une nouvelle notification arrivait pendant le port du patch, 84 % correspondaient à une fibrillation auriculaire sur l’électrocardiogramme.
  • 57 % des personnes notifiées ayant répondu au questionnaire à 90 jours ont consulté un professionnel de santé.

Comment utiliser les données : des tendances, pas des chiffres isolés

La valeur d’une montre tient à ce que vous voyez en regroupant les semaines, pas au chiffre du jour. Une routine simple :

  • Une fois par semaine, comparez trois moyennes aux semaines précédentes : pas par jour, pouls au repos et heures de sommeil.
  • Fixez-vous des objectifs sur ce que la montre mesure bien et sur ce que vous maîtrisez : pas, marche après les repas, coucher à heure fixe.
  • Considérez la VO₂ max et les scores de « récupération » ou de « stress » seulement comme des tendances.
  • Si un chiffre vous angoisse, masquez cet affichage : la montre est là pour vous aider à bouger et à mieux dormir, pas pour vous surveiller.

Quand une alerte de la montre justifie une consultation

Une montre connectée ne pose pas de diagnostic : ses alertes sont un signal pour en parler à un professionnel, qui peut confirmer ou écarter un problème avec les examens adaptés. Ne commencez, ne modifiez et n’arrêtez aucun médicament à cause de ce qu’affiche la montre. Prenez rendez-vous si :

  • La montre vous signale un rythme irrégulier, surtout si cela se répète.
  • Votre pouls au repos reste nettement hors de vos valeurs habituelles pendant plusieurs jours, sans explication évidente.
  • L’oxygène dans le sang s’affiche bas de manière répétée.
  • Avec ou sans montre, en cas de douleur dans la poitrine, d’essoufflement ou de malaise, appelez les urgences (le 15 ou le 112).

Une montre connectée est un bon podomètre, un bon moniteur de votre pouls au repos et un relevé raisonnable de votre temps de sommeil ; c’est un mauvais compteur de calories, et ses alertes sont des avertissements, pas des diagnostics. Utilisez-la pour suivre des tendances, bouger davantage et consulter quand quelque chose sort de votre normale, pas pour décider combien manger.